Note de l'auteur
Ces réflexions sont le fruit d'un long chemin de conversion, de recherche, d'amour de la vérité. Un chemin d'expériences aussi, joyeuses souvent, généreuses, exaltantes. Hélas aussi douloureuses, pénibles, frustrantes, mais c'est le lot de la croix. Jusqu'à cette expérience limite, intime, personnelle, l'expérience d'une injustice profonde, humiliante, violente, d'une trahison brutale de l'institution même de l'Église pourtant censée nous élever.
Ce fut comme un point de non-retour, définitif, chirurgical. Mais ouvrant, par un miracle de l'esprit, sur une grâce d'une saveur nouvelle, et faisant naître, dans le chaos intérieur, un désir d'abord timide, hésitant, bientôt ardent d'une remise en question, d'une réforme, d'un aggiornamento de cette Église crucifiée et trop souvent crucifiante. Plus encore peut-être, à la manière des humanistes de la Renaissance, d'un retour aux sources, vers une forme plus authentique de la vision et de la vie de Jésus, c'est-à-dire d'un ressourcement.
J'ai grandi dans une famille dont les racines disaient quelque chose de l'Europe chrétienne dans sa complexité : un grand-père protestant, genevois ; une grand-mère catholique, liégeoise. Du côté polonais, une famille catholique avec des aïeux luthériens. On était baptisés, on s'aimait, et il y avait dans cet amour quelque chose de fondamentalement chrétien — mais peu de pratique religieuse, peu de catéchèse, peu de cadre. La foi était un horizon vague, pas un chemin tracé.
J'ai étudié la philosophie. Pas par hasard — par besoin de comprendre. La question de la vérité, ses conditions, ses formes, ses limites : c'était là ce qui m'animait. Avant de devenir haut fonctionnaire, avant de devenir entrepreneur, j'étais quelqu'un qui voulait comprendre, aller au fond des choses. Ce fil ne m'a jamais quitté.
La conversion à l'adolescence s'est faite dans ce même mouvement. Non pas une capitulation de la raison, mais une décision : j'ai choisi le Christ comme hypothèse sérieuse sur la vérité de l'homme et de Dieu. Et depuis lors, j'ai cherché à vérifier, à approfondir, à comprendre ce à quoi je m'étais engagé.
Ce chemin m'a conduit partout où l'on me disait que le Christ pouvait être trouvé. Taizé et ses frères, les Franciscains, les Dominicains, les Jésuites, les Fraternités monastiques de Jérusalem. Et aussi l'Opus Dei, la Fraternité Saint-Pierre, l'Institut du Bon Pasteur, le Christ-Roi, et même la Fraternité Saint-Pie X. Des communautés qui ne se reconnaissent pas toujours — et moi, j'ai voulu comprendre chacune, prier dans leurs chapelles, entendre leurs arguments.
J'ai fait les Exercices spirituels de saint Ignace plusieurs fois. J'ai participé à d'innombrables retraites — bénédictines, cartusiennes. J'ai marché en chef de chapitre au pèlerinage traditionnel de Chartres. J'ai prié à Lourdes — au pèlerinage national, aux piscines, au service des malades. J'ai écrit un guide du pèlerinage des Sept Églises de Rome — ce giro popularisé par saint Philippe Néri au XVIe siècle.
J'ai aussi cherché le Christ dans la charité concrète : des maraudes, des distributions de repas, et puis cette charité plus quotidienne, envers mes proches, mes amis, des étrangers, qui ne laisse aucune trace et qui est peut-être la plus difficile. Derrière tout cela, une aspiration constante : progresser moralement, éduquer la chair et l'âme, vivre selon les commandements — non comme une contrainte, mais comme une architecture librement assumée.
Mais j'ai rencontré, dans ces mêmes maisons, des choses que je ne savais pas comment réconcilier avec l'Évangile. De l'identitarisme. Du calcul. De la rigidité. De l'intolérance. De la dureté de cœur. Un repli sur la forme au détriment de la charité. Et j'ai vécu une expérience morale et spirituelle désastreuse dans un monastère bénédictin. Je le dis sobrement — parce que cette blessure a changé ma façon de lire l'Église, et m'a obligé à distinguer le Christ de ceux qui parlent en son nom, autrement que théoriquement ou selon le récit bien rodé d'une Église faite d'hommes, donc imparfaite, et donc toujours pardonnable.
C'est de cette intuition, voire de cette évidence de toujours, devenue brûlante et insupportable par la violence de la trahison institutionnelle, qu'est né ce rapport. D'une question de vérité : qu'est-ce qui, dans le christianisme, vient vraiment du Christ — et qu'est-ce qui est venu après, par accumulation, par dérive, par intérêt ? La même question que j'aurais posée en philosophie, appliquée à l'objet de ma foi.
Ce que j'appelle mes intuitions dans ces pages n'est pas un sentiment vague — c'est le fruit de très nombreuses lectures et réflexions accumulées. Ce que l'intelligence artificielle a rendu possible, c'est la recherche systématique qui manquait pour les tester. J'ai utilisé les meilleurs modèles de langage et outils de recherche disponibles pour explorer des corpus que je n'aurais pas pu aborder seul en moins de plusieurs années. Je le dis clairement, parce que le lecteur mérite de le savoir. Ces outils sont rigoureux et sans les biais institutionnels de personne — mais les conclusions sont les miennes, avec leurs limites.
Je ne suis pas théologien. Je suis philosophe de formation, haut fonctionnaire devenu entrepreneur. Quelqu'un habitué à synthétiser sur des questions difficiles, à travailler avec des informations imparfaites, et à assumer ses conclusions. C'est dans cet esprit que ce rapport a été écrit, et avec le désir d'aider l'Église à se ressourcer, encore et toujours, pour faire grandir sa fidélité à l'idéal de liberté, de solidarité et de charité porté par Jésus de Nazareth.
Marc Reverdin
Rome, juin 2026